jean_anais_webAnaïs et Jean ont pris la route depuis l'Avant Rue vers la N14. Nous étions le mercredi 19 décembre 07, la température était très basse, certainement en dessous de zéro. Le périple à été effectué entre 15 h30 et 17 h. Le soleil baissait à l'Ouest progressivement.

Anaïs - Papa

Jean : refermes ton col ...

Anaïs : Papa

Jean : oui, parles plus fort, j'entends rien.

Anaïs : Si ça s'appelle « l'Avant Rue », où est la rue?

Jean : J'sais pas avançons. Le vent nous pousse hors de Paris. On cherche la route.

Anaïs : On est sur la route ?

Jean : Oui, mais non ! Non, dans Paris, il n'y a pas de route; il n'y a que des rues.

Anaïs : On est à l' « Avant route », alors?

Jean : Oui, les routes, c'est à la campagne

Anaïs : On va à la campagne?

Jean : Je n'sais pas. Avant, c'était la campagne, maintenant, c'est la ville, on est au début de cette route dans une rue.

Anaïs : ... comprends rien

Jean : Quoi ?

Anaïs : On va Ou ?

Jean : à Clichy.

Anaïs : J'ai une copine qui habite Clichy.

Avenue de la porte d’Asnières

Anaïs : Une coquille Saint-Jacques géante

Jean : Ou ?

Anaïs : la station service

Jean : On est peut-être sur la route de Saint-Jacques de Compostelle

Anaïs : Mais non, c’est dans les églises, les coquilles de Saint-Jacques de Compostelle

Jean : Ici, il n’y a pas d’église alors ils sont obligés de les mettre dans les stations d’essence

Anaïs : … Arrêtes-nous un peu, c’est fou !

Jean : C’est la vie à 4 roues !

Au dessus du périphérique, Anaïs et Jean font une halte comme attirés par l’énergie de ce va et vient triomphant. Le centre de Paris avec ses ronds concentriques nous retient comme pour nous empêcher de sortir de son enceinte. Anaïs se retourne et observe les immeubles hauts de Clichy

Anaïs : Regarde …  Ils ont marqué des noms tout en haut sur les toits!

Jean : Peut-être des gens qui s’aiment et qui se sont perdus.

Anaïs : c’est de la pub ! LECLERC et HITACHI

Jean : « Edouard recherche Reiko passionnément ». Ou bien des gens formidables, alors la ville de Clichy les honorent en cravant leur nom en lettre de feu.

Anaïs : Le feu est rouge, traversons vite, c’est dangereux !

Jean : Oui, ma fille. Le quartier est dur pour les piétons. Comment font les enfants pour aller à l’école ? Ou sont les poussettes des mamans pour aller au parc ? A la même heure aux Batignolles, c’est l’heure des allers et venues. Surtout le mercredi !

Anaïs : Ma copine qui habite Clichy, elle vient en moto avec son papa tous les jours. Elle a de la chance. C’est bien la moto.

A Clichy. Boulevard Jean-Jaures

Anaïs : Le balcon, là, il y a un père noël géant avec des guirlandes. C’est gentil de faire un cadeau aux piétons. Le rouge, ça se voit de loin !

Jean : Oui, c’est la fête au milieu de ce non lieu.

Anaïs : Qu’est-ce que c’est « un non lieu » ?

Jean : Je ne sais pas. Peut-être un lieu qui n’a pas d’âme.

Anaïs : Il y a des enfants dans cet appartement, c’est sur !

Jean : Ou bien des vieux qui ont gardé une âme d’enfant.

Anaïs : Comment font les vieux pour faire leur marché ? Ils prennent la voiture ?

Jean : Les vieux ne conduisent plus. Ils ont une canne et progressent à petits pas.

Anaïs : Regarde, on a posé des demi sapins illuminés de parts et d’autres de la rue.

Jean : Ah, oui ! C’est pas une rue, c’est un boulevard.

Anaïs : C’est quoi, un boulevard ?

Jean : C’est une large voie plantée d’arbres.

Anaïs : C’est une large voie plantée de demi sapins. Ils les ont mis à l’envers. Les deux moitiés de sapin ne peuvent pas se réunir .

Jean : Oui, ils ont perdu « le centre »

Anaïs : Ils ont perdu la tête.

Jean : Ils ont la tête à l’envers. Le centre est ailleurs. Pas ici

A Clichy, rue Victor Hugo

Anaïs : Regarde : « La cave de Jacques »

Jean : C’est bien le chemin de Saint-Jacques, je te l’avais dit.

Anaïs : Tu rêves, c’est une boutique d’alcool

Jean : « In vino, véritas »

Anaïs : On peut traverser là : il y a un passage protégé par un panneau « attention enfants »

Preuve qu’il y a des enfants.

Jean : C’est pour les vieux qui ont gardé une âme d’enfant, ceux du balcon avec le père Noël . Pour les protéger quand ils viennent prendre le bon vin de la cave de Jacques. Ils sont vieux, ils n’ont plus de voiture, n’ont plus besoin de courir alors ils dégustent des bons vins et la bonne ville de Clichy, qui a bien compris, leur a posé un passage protégé parce qu’ils ont une grande âme. Il faut protéger ceux qui cherchent le centre. Après avoir aiguiser leurs sens, ils décorent leur balcon pour les passants qui n‘ont plus le temps. Le centre, c’est leur balcon. Comme une offrande, un peu de beauté. De la gentillesse à offrir.

Anaïs : Mais non, il doit y avoir une école pas loin.

A Clichy, angle P.V. Couturier. Devant le carrefour, une église, une fresque géante, un bar : « Le Victor Hugo ». Un peu plus loin, une station service avec comme symbole un soleil vert.

Anaïs : Oh, la peinture géante, c’est beau, il y a pleins de couleurs !

Jean : Elle est à la gloire du 19ème siècle. Des artistes et des scientifiques. C est. Victor Hugo

Anaïs : J ai froid

Jean . Rentrons dans ce café pour nous réchauffer. Regarde un soleil vert

Anaïs : T’as un mouchoir ?  

Jean : Oui.